Richard et moi étions membres de Disappointed A Few People (DAFP) dont la dissolution donne suite à la création de French B.
Nous avons rencontré Claude Grégoire et Martin Ouellet en 1985 dans le cadre du projet Perfo30 et le tournage du clip Black Wine du groupe Disappointed A Few People (DAFP). Claude est à la réalisation et Dédé Fortin à la caméra. Disappointed A Few People (DAFP) – Black Wine.
Dans le clip “Libérez le trésor” de Michel Rivard, toujours réalisé par Claude, Dédé porte le T-Shirt de DAFP… Libérez le trésor (Vidéoclip officiel). Claude s’était aussi fait costumière et nous a offert ce caméo.
Lorsque nous avions du budget, nous le trahissions et lorsque nous n’en avions pas, il arrivait à notre secours et travaillait bénévolement.
Claude était d’une aide et d’une fidélité indéfectible. Ses multiples compétences faisaient de lui la personne providentielle lorsque l’on rencontrait une situation compliquée. Nous avons collaboré ensemble sur bon nombre de chantiers.
Mentionnons le NetMusik de François Nadeau où Claude a tenu la plume pour plusieurs articles de Décibels entre 1996 à 2001. C’est alors le premier webzine musical au Québec.
Claude est ensuite responsable de la création de la base de données de mobilisation pour les musiques autoproduites québécoises et le Forum des musiques amplifiées du projet Faites de la Musique en 1998. La DB en Filemaker devint Le Bottin des musiques amplifiées de la SOPREF en 2000.
Claude devient ensuite l’animateur et le responsable du scrutin du tremplin Les Francouvertes lors de sa reprise en main par Sylvie Courtemanche (photo à la une) en 1999 lors de la quatrième édition et notamment lorsque l’événement se déplace au Lion d’or en 2005. Je suis alors membre du CA. Il avait créé un logiciel de compilation des résultats qui permettait de traiter le fameux vote du public ayant fait la renommée des Francouvertes. Très beaux souvenirs que ceux des coulisses du Lion d’or pour se dicter les votes…
Nous avons Claude et moi partagé un bureau au Zest, lieu de diffusion des Francouvertes et du Forum des musiques amplifiées en 1997-1998, salle aujourd’hui devenue le Garage à musique. French B y avait joué en juin 1997. French B Live / 10_ode a l ennemi.
Couronnement de cette longue collaboration, Claude signe une importante portion de la scénographie du spectacle de lancement de l’album “Au delà du délai” au Cabaret en octobre 1996. Ceux qui étaient là se souviendront longtemps de la projection d’un film porno en fond de scène pour clore le spectacle sur la pièce “Kleenexxx”. Dans la chambre D1535 du CHUM un certain 17 juin 2026, Claude se demandait s’il avait alors été inconscient ou audacieux. Claude n’était pas innocent et avait une très vive imagination, si cela peut vous fournir un indice.
Nous reproduisons le merveilleux article écrit par Claude dans Décibels sur les French B, tel que retrouvé sur Internet Archives.
Avec tout notre amour et une infinie reconnaissance.
Bises plein à Jocelyne et tous les proches de Gigarpus.
En 2001, le réalisateur et professeur de cinéma Claude Grégoire revient sur le spectacle d’adieu de French B dans le webzine musical Décibels
Préparation
Après avoir bien rincé la grenouille, déposez-la sur le dos au milieu du plateau à dissection. A l’aide d’épingles, fixez chacun des membres du batracien au plateau de dissection. Prenez un scalpel…
C’est sous le signe de la générosité et de l’énergie que, devant un public exalté, les FRENCHB donnaient le 31 janvier dernier leur spectacle d’adieu. La salle Salaberry, en plein Centre-Sud de Montréal, a été témoin d’une soirée historique, alors que les «bâtards français» ont tiré leur révérence de façon majestueuse, reprenant pour une dernière fois le répertoire qu’ils se sont forgés depuis dix ans.
GUERILLA, un jeune groupe de Sherbrooke, part le bal. La salle a déjà largement dépassé sa capacité légale. Pendant quatre heures, elle va se faire joliment bardasser. GUERILLA est très efficace, il chauffe le public de main de maître. Un autre bon coup de JEAN-ROBERT BISAILLON, qui nous passe le message que la relève est assurée.
En deuxième partie, Les CHIENS était un choix naturel. NICOLAS JOUANNAUT, bassiste de la formation, accompagne les FRENCHB en tournée depuis un an. De plus, le guitariste-chanteur, ÉRIC GOULET, est un complice de longue date des FRENCH B, il a même réalisé l’album «Légitime démence» pour eux! La performance des CHIENS ne déçoit pas. Leur expérience scénique, acquise sous le nom de POSSESSION SIMPLE, alliée à une maîtrise technique irréprochable font de ce groupe un incontournable de la scène Montréalaise. La formation est minimaliste : guitare, basse, batterie; la machine est bien huilée et roule au quart de tour. Ils enchaînent leurs nouvelles pièces devant un public réceptif, proposant même une version française de «I want to be your dog» de IGGY POP. Un autre groupe à surveiller.
Incision de la membrane épidermique ventrale
Utilisez les forceps pour soulever la membrane à mi-distance des pattes arrières de la grenouille. Appuyez la lame du scalpel pour pratiquer une légère incision de la membrane soulevée. Complétez l’incision de la membrane ventrale en allant vers le cou, en vous assurant qu’elle divise la grenouille en deux parties égales.
La musique
Les FRENCHB ont la réputation d’avoir été les premiers au Québec à intégrer l’échantillonnage à leur musique. Cette paternité, peu ou pas contestée, ne rend que très partiellement justice à la qualité de la démarche musicale des FRENCHB. En effet, en mettant l’accent sur leur rapidité à adopter un courant musical qui frappait déjà très fort en Angleterre ( avec TREVOR HORN et ART OF NOISE ) on passait pratiquement à côté de leur utilisation novatrice et originale de cette nouvelle technologie.
L’échantillonnage, utilisation d’extraits sonores pré-enregistrés intégrés à une œuvre musicale, n’est pas né d’hier. Que ce soit pour ses qualités sonores intrinsèques, comme dans le «Poème électrique» de VARESE et XENAKIS, ou pour ses capacités à créer une ambiance propice (la foule et le coq du «Sgt. Peppers» des BEATLES, le vent de PINK FLOYD, le glas de BLACK SABBATH, le coup de canon de AC/DC et même les petits oiseaux dans la cours d’école d’HARMONIUM) son utilisation était intégrée au langage de la musique pop dès la fin des années 60. L’arrivée du mellotron puis du synclavier (premier échantillonneur reconnu sous ce vocable) allait permettre à plein de musiciens de reproduire électroniquement n’importe quel son naturel existant. Un seul clavier pouvait maintenant «remplacer» un piano à queue, un saxophone, une batterie et un ensemble de cordes. Le premier attrait de ce type d’instrument était, on s’en doute, de nature économique. Mais le synclavier allait aussi ouvrir la porte aux explorateurs. Dès son troisième album solo, sous la gouverne de KATE BUSH, PETER GABRIEL incorpore le synclavier à ses outils de travail.
Sur un autre front, on développe le recyclage. En Allemagne, HOLGER CZUKAY compose une pièce à partir du repiquage de la performance d’une chanteuse indienne captée sur onde courte. Aux Etats-Unis, on assiste à l’émergence du «hip-hop» avec AFRIKA BAMBAATAA qui échantillonne des rythmes et des mélodies de «Trans-Europe Express» de KRAFTWERK. Pendant que ART OF NOISE propose au public «Close (To The Edit)», dont la trame rythmique est essentiellement composée d’échantillonnages de démarreurs de voitures, JEAN-ROBERT BISAILLON concocte un petit bijoux, réalisé exclusivement à l’aide de sons captés dans le métro de Montréal («Le train bleu», pièce qui se retrouvera d’ailleurs sur le premier album des FRENCHB. JEAN-ROBERT est donc à cette époque, au diapason de l’avant-garde musicale. Son audace au niveau formel, combinée à une aversion profonde pour tout ce qui sonne «tonitruant» vont permettre à la musique de FRENCHB d’acquérir une qualité intemporelle. En effet, dès leur premier album, on retrouve un corpus qui a déjà dépassé le genre du «novelty». Les échantillonnages, loin de voler la vedette, sont au service de la chanson. Il y a bien sûr le cas de «Je m’en souviens», la chanson qui allait les stigmatiser pour le restant de leur carrière. L’approche des FRENCHB face à l’échantillonnage y est bien exposée. Au-delà des considérations esthétiques, on note un désir de trouver l’extrait qui fait sens (éléments de discours politiques, De Gaulle, Bourassa, Parizeau) puisé dans le bassin culturel québécois (VIGNEAULT, CHARLEBOIS, MITSOU). Cette identité québécoise, réaffirmée à chaque nouvel album, restera indissociable de la musique des FRENCHB. L’utilisation de la quincaillerie n’est donc pas gratuite.
Mais l’univers musical des FRENCHB est beaucoup plus large. Il englobe le techno-pop, le psychédélique (Gaïa), le rap (Waiter), le rock progressif (L’évidence), l’industriel (Ode à l’ennemi), le rave (Kleenexxx) et le country (Quitter son pays), tout en gardant leur son distinctif. Il est peu commun au Québec de rencontrer un groupe qui peut avec autant de bonheur se diversifier sans perdre sa cohésion…
Lorsque les FRENCHB font leur entrée en scène, au son de la guitare-synthétiseur de FRANK LICKE, c’est l’hystérie dans la salle. Le public est au septième ciel, les FRENCHB ne le laisseront pas redescendre avant deux heures! La sono, assurée par ERIC POITEVIN sonorisateur attitré de ÉRIC LAPOINTE, donne au groupe un son très musclé. On est très loin des premiers efforts scéniques des FRENCHB. L’arrivée de MARTIN PETIT (batterie) au sein du groupe, ainsi que la participation de NICOLAS JOUANNAUT à la basse, ont permis à la formation d’acquérir une crédibilité certaine en spectacle.
A l’occasion de ce dernier spectacle, les FRENCHB ont fait appel à plusieurs collaborateurs. Outre FRANK LICKE, ÉRIC GOULET vient prêter main forte à ROGER MYRON à la guitare électrique. NICOLE MAYER, choriste des premiers jours, reprend son rôle sur les chansons des deux premiers albums. MARIE-CLAUDE DE CHEVIGNY, une autre vieille complice, prête sa voix et son saxophone à trois pièces. JEAN DAMA SCENE, grand sorcier du tambour, concepteur et fabricant d’instruments de percussion, ainsi que SÉBASTIEN OLSCAMP, jeune batteur de ZA SKAVENGERS font une apparition remarquée qui va culminer dans Kleenexxx.
Incision des tissus musculaires
Après avoir épinglé les rabats de peau de part et d’autre du batracien, découpez à l’aide de ciseaux le muscle abdominal, en prenant soin de ne pas couper trop profondément, pour ne pas risquer d’endommager le système organique.
Les mots
Les textes des FRENCHB sont définitivement à classer dans la poésie urbaine. Le langage est souvent cru, mais jamais grossier. Un mot n’est jamais gratuit. RICHARD GAUTHIER s’exprime dans la langue du peuple, puisant abondamment dans le vernaculaire Québécois (le Churgu Benrgain Targa Nérgué de La vie est belle ou encore le Dondaine la ridaine… de Je m’en souviens). Le travail sur les mots reprend en quelque sorte le processus amorcé dans la sélection des échantillonnages : importance du référent culturel québécois et de la capacité de signifier.
Les textes des FRENCHB ne sont pas des premiers jets. RICHARD GAUTHIER, ainsi que JEAN-ROBERT BISAILLON qui participe parfois à l’écriture, aiment la langue française. Cet amour se traduit par une exploitation systématique du double sens et du jeu de mot. C’est dans «Au-delà du délai» que l’écriture de GAUTHIER atteint sa pleine maturité. Son habileté à pervertir subtilement les expressions de la vie courante, déjà présente dans «Je m’en souviens» où il ajoutait un complément à la devise Québécoise (donnant enfin un objet à cette mémoire) règne en maître dans ce troisième effort studio. La pièce titre (…un jour je serai des périmés…), ainsi que Paresse (…Homo-zappien un peu mou, je me moque bien d’la gravité, j’ai ma T.V. pour léviter…) et Voyeur (…Mes pupilles gustatives…) sont exemplaires à ce niveau.
Les qualités formelles des textes et l’affirmation de l’identité québécoise, faisant écho à leur musique, ne suffisent pourtant pas encore à cerner le phénomène FRENCHB. Pour avoir le portrait complet, il faut voir de quoi ils parlent…
Le spectacle est un véritable marathon. Les FRENCHB interprètent sept pièces de leur premier album, sept de leur second et huit de leur dernier, vingt-deux chansons en tout, presqu’un intégral de leur répertoire! Le rappel à lui seul fait sept chansons, incluant Je m’en souviens, Quitter son pays et Waiter! Et jusqu’au dernier morceau, les FRENCHB vont jouer avec la même intensité, sans calculer. Sur les dernières notes du Train bleu, le rideau descend. Fini le mégaphone, les lampes de poches, les rouleaux de papier de toilette, les cuillères. Fini les gesticulations du grand roux, les grimaces à faire peur, le dandinement saccadé et entraînant de LIVER… Dans le public, certains pleurent!!!
Exploration du système organique I
Le foie est un organe de couleur brunâtre, recouvrant la majorité de la cavité thoracique.
Le propos
Les FRENCHB, observateurs privilégiés de notre société, ont choisi la chanson populaire comme outil d’intervention sociale. Leur démarche à cet égard peut se diviser en trois grandes étapes qui correspondent à chacun des trois albums.
Avec leur premier album, les FRENCHB viennent brasser la cabane. Tout l’album est un peu un écho au Shaking The Foundation de ROUGH TRADE, un hymne post-punk, plus axé sur l’espoir d’une reconstruction que sur la destruction gratuite. Le disque fait du bruit. Tout le Canada anglais se souvient encore de «Je m’en souviens». La reprise en musique d’un poème de Claude Gauvreau (Ode à l’ennemi) qui avait fait scandale lors de sa parution initiale au début des années 50, crée des vagues. La montée en épingle par les médias de la phrase …Baisez sans condom… (in Abandonnez-vous) citée hors contexte, fera couler beaucoup d’encre. Tout cela assure à nos compères une image de mauvais garçons dont ils ne pourront jamais se défaire… Leur image fétiche pendant cette première période est celle archi-connue du patriote ayant troqué sa traditionnelle carabine pour un puissant ghetto-blaster, la révolution par la musique…
Avec la sortie de Légitime démence, le groupe entre dans sa phase de justification. Après avoir foutu le bordel, il s’explique. C’est son album le plus noir. Un constat d’impuissance face à un monde inhumain (Le monde en 1/3, Réalité, Kleenexxx), qui entérine les comportements associaux (Légitime démence), revendique le droit au suicide (Mourir) et lance un appel à l’exaltation (reprise de Enivrez-vous de Baudelaire). L’album nous propose aussi une pièce auto-biographique (J’ai pas dit mon dernier mot) qui est en quelque sorte une suite logique à Je chante comme un coyote de OFFENBACH, mais sous le signe de la dérision (…il faut bien vivre en Amérique, pour prendre un public comme cible…). Une note d’espoir, La vie c’est comme ça, où RICHARD, nouveau père, s’adresse à sa petite fille…
La pochette, signée Elodie Bernier, verra apparaître le symbole de la résistance électrique, représentant à la fois l’engagement des FRENCHB et leur style de musique. Les radios ont vraiment résisté à ce deuxième disque.
Au delà du délai, avec son titre prophétique, expose un impressionnant travail d’introspection. FRENCHB s’auto-examine à la loupe et prend cruellement conscience de sa nature de produit de consommation. La chanson titre de l’album synthétise cette vision froidement lucide de façon remarquable. Il n’y a pas un chanteur au Québec qui a les couilles assez grosses pour chanter ça, surtout pas avec la conviction que GAUTHIER y met!
Au niveau thématique, cet album est d’une très grande cohésion. Du jamais vu ici depuis Les vierges du Québec de JEAN-PIERRE FERLAND. Toute l’imagerie des FRENCHB y est parfaitement intégrée; la société de consommation, le pouvoir abrutissant de la télévision, la question nationale, le cul-de-sac social. La pochette participe et à cette unité et à ce désir de récapitulation, avec le graphisme de Cozmik Kay, une photographie réalisée par Elodie Bernier et une œuvre bitmap de Martine Birobent, peintre montréalaise talentueuse et compagne de vie de JEAN-ROBERT. Comme un clin-d’œil, sur le CD proprement dit, FRENCHB est inscrit en inversé, suggérant une réflexion dans un miroir…
Le spectacle est bel et bien fini. Les gens en sont conscients. Il serait indécent d’en demander plus, les FRENCHB ont tout donné. Le public reste quand même là, scandant inlassablement Merci! Merci!. J’ai jamais vu ça…
Exploration du système organique II
En soulevant le foie, vous verrez apparaître un petit sac verdâtre, c’est la vésicule biliaire.
L’engagement
FRENCHB est un groupe engagé, cela est de notoriété. Mais son engagement est beaucoup plus casse-cou que celui des VIGNEAULT, PICHE, SEGUIN. Plutôt que de miser sur l’appel au rassemblement – tous unis contre l’oppresseur – qui sécurise le public en lui confirmant son appartenance à un groupe (qu’il soit peuple ou classe sociale), FRENCHB joue les objecteurs de consciences. Et il le fait de façon plutôt baveuse. La vie est belle, Waiter, Le monde en 1/3 et Overdose sont autant de claques dans la face du public, qui se voit confronté, en tant qu’individu, à sa part de responsabilité. M. l’indien, reprise de PELOQUIN-SAUVAGEAU, s’insère parfaitement dans ce contexte. De mémoire d’homme, le seul musicien qui a réussi à vivre de son art en jouant sur ce registre c’est FRANK ZAPPA (du fait qu’il avait accès à un marché beaucoup plus large). Cette coïncidence est étrange car sur scène, sans le savoir, RICHARD GAUTHIER reprend certaines mimiques et gestuelles du grand ZAPPA. Sa finale de Kleenexxx est une référence directe aux performances des MOTHERS OF INVENTION au Garrick Theatre…
Les FRENCHB n’ont pas opté pour la facilité. Ils sont toujours restés authentiques. Les préoccupations de rentabilité, bien que présentes, n’ont jamais entaché leur démarche. Ils laissent derrière eux une œuvre que beaucoup de leurs contemporains n’égaleront jamais. Les FRENCHB ne sont plus, vive les FRENCHB !